Mots échoués

17 mai 2012

Morale

A l'immoralité d'une affaire déjà glauque, l'ancien directeur du FMI, ajoute désormais une inélégance crasse. Il réclame en effet à celle qui se dit sa victime, un dédommagement qui ne saurait être inférieur au million de dollars, au motif d'une perte d'opportunité professionnelle. Bien sûr, ce ne pourrait être que simple argutie de procédure. Hélas, cela nous en dit long sur sa considération de la fonction présidentielle.

Puisse ses anciens amis politiques ne pas partager de tels sentiments et donner plus d'âme au service de la France.

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16 mai 2012

Mots

Les mots sont des armes qui déchirent les coeurs

Flétrissent les passions, condamnent les héros.

Les mots sont une larme, sournoise et délicate

qui sourd de leurs silences autant que de leurs sens.

 

Les mots sont un vacarme dans le creux de nos heures

Chassant nos solitudes au son de leur écho.

Les mots sont des charmes dont la beauté éclate

Pour celui qui les drape de nobles espérances.

 

Niort, le 16 mai 2012

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Twitter

Tout récent utilisateur de Twitter, j'y fait d'étonnantes découvertes dont ce site http:/www.ipagination.com.
Cet espace permet la rencontre de différents créateurs. Chacun y partage simplement sa passion qu'il s'agisse d'écriture, de musique, de dessin...

Il y a dans ces pages  inégales une certaine esthétique artisanale, presque surannée. L'idée qu'on y fait un peu de résistance face au monstre Internet. Si la plume vous démange ou que vous soyez seulement curieux de nouveaux horizons, n'hésitez pas à pousser la porte.

Vous pourriez être surpris.

Posté par Mangouste L à 19:27 - - Commentaires [0]
09 mai 2012

Génération C

La presse évoque de plus en plus la génération C pour parler des 15/22 ans. Génération C comme connectée. Il s’agit de ces jeunes pour qui l’Atari n’a jamais existé et qu’une disquette plonge dans des abîmes de perplexité. Leur fin du monde ressemble à une gigantesque panne de serveur et ils ne peuvent imaginer s’éloigner de plus de quelques mètres de leur précieux smartphone. L’une des caractéristiques de cette génération « native numérique », est leur grande affection, sinon dépendance, pour la communication virtuelle par des forum, des réseaux sociaux, des blogs et d’autres messageries interposés.

Bien sûr, on peut y voir un éparpillement, un refus d’aborder sereinement l’échange interpersonnel physique et par extension, le refus d’une réalité dans laquelle ces jeunes ont du mal à prendre leur place. Encore qu’ils le font parfois mais en conservant les codes d’échange d’internet, ce qui n’est pas sans creuser les fossés intergénérationnels habituels.

On peut aussi y entrevoir un motif d’espérance. Le siècle dernier a fait de la consommation une nouvelle religion. Le culte de l’avoir et du paraitre y a conquis ses lettres de noblesse. Les enfants de ce temps semblent plus  enclins que leurs aînés, à se souvenir que la richesse de l’humanité se trouve davantage dans l’homme et non dans ce qu’il possède. Bien sûr, cette soif d’échange doit être éduquée, fondée, enracinée.
C’est pourquoi, au-delà de nos seuls goûts personnels, nous devons nous aussi être présents et actifs sur ces média. C’est notre vocation de « seniors » que d’aider nos jeunes à grandir. Il nous appartient de leur démontrer qu’internet n’est qu’un moyen et qu’il faut un jour préparer et prendre le risque de la rencontre.

Posté par Mangouste L à 13:02 - - Commentaires [2]

Souvenir

Le 9 mai 1950, la première pierre de l’édifice européen était posée. La perspective ouverte par les fondateurs n’a malheureusement pas résistée au temps. Cette Europe devait permettre aux nations de construire la paix en favorisant leur développement respectif. Elle puisait pour cela profondément dans ses racines chrétiennes, en invitant deux pays fratricides à se retrouver et à unir leurs destins.

Cette communauté d’avenir devait être un élan et non une prison, une liberté plus qu’une contrainte. Quelque soixante ans après, on peut légitimement s’interroger sur les principes qui régissent une institution de plus en plus éloignée des peuples, sans aucune vision dynamique, sans projet majeur et qu’alourdit un fonctionnariat pléthorique.

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07 mai 2012

Aux urnes

Les urnes ont parlé et comme chaque lendemain d’élection, je me sens de moins en moins démocrate. Le spectacle de ces hordes, vociférant le nom de leur dauphin, tient finalement davantage de la population sportive que de la citoyenneté éclairée et sensible à la gravité des enjeux.

La défaite a été digne, sans doute autant qu’amère. La politique est une maîtresse exigeante et ingrate. Une chose m’a tout de même frappée. Les commentateurs ont blâmés tour à tour, la désunion de la droite, cherchant sans doute à actualiser l’adage : diviser pour mieux régner.

Pour autant, j’ai davantage vu, dans un camp plus que dans l’autre, des drapeaux français, fédérant dans leurs plis la diversité et la pluralité. De l’autre, le rouge le disputait au vert, à l’arc en ciel, au croissant étoilé et perdus, dans cette foule de communautarismes affichés, émergeaient, quelques oripeaux républicains. Histoire de cohérence et de tradition humaniste nous a-t-on dit.

 Puisse la France, au-delà de tous les saluts républicains échangés hier soir, se réformer pour le bien commun de ses enfants.

Posté par Mangouste L à 19:24 - - Commentaires [0]
03 mai 2012

Débat

Ce matin, il est quasiment impossible, sauf à vivre en ermite, d'échapper aux commentaires sur le débat qui opposait, hier, nos deux candidats. Et chaque camp y va de son chant de victoire, louant les qualités de son champion, assurant que son poulain a nettement pris l'avantage et a dominé les échanges.

 
Pour ma part, les défenseurs de la démocratie m'émeuvent toujours qui se posent en rassembleurs tout en cherchant à "gagner" la confrontation. Du reste, la sémantique politique actuelle s'inspire beaucoup du langage militaire. Ainsi donc le but des duellistes n'était-il pas de fédérer les français autour d'un projet commun, mais bien de rendre à merci le camp adverse en faisant flèche de tout bois.

 
De ce point de vue là, force m'est pourtant de reconnaître, que l'un des candidats m'a semblé, plus encore que l'autre, enfermé dans une idéologie d'opposition systématique, regardant à loisir le passé pour ne pas s'engager vers l'avenir.

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27 avril 2012

La cheminée

Il y avait chez nous, une belle et grande cheminée. Mes parents l’avaient fait construire dans une belle pierre ocre. Je me souviens qu’ils en avaient exprimé le désir dès l’achat de cette maison. Il fallait lui donner une âme, disait mon père.

Du haut de mes courtes années, je trouvais étrange que cet homme qui était pieux, puisse parler ainsi d’un objet. Comment une cheminée, si belle soit-elle, donnerait-elle une âme à une maison ? Tout cela était mystérieux à l’enfant que j’étais.

Du jour de la fin du chantier, je me souviens simplement du merveilleux sourire qui éclairait le visage de mes parents. Maintenant, dit mon père, nous sommes vraiment chez nous.

Il nous fallu pourtant attendre encore un bon mois avant que d’envisager notre première flambée. Nous étions allés chercher le bois nécessaire, en famille.

Il faisait un froid de gueux, ce dimanche. Le ciel était d’azur et l’hiver poussait de hardie reconnaissance. Nous avions peiné à trouver les bûches nécessaires. Mon père avait pris grand soin de les choisir une à une d’un œil d’expert que nous lui découvrions, pleins d’admiration. Pourtant, à force de ne retenir ni les trop grosses, ni les trop petites, nous avions rapidement jugés qu’il faisait durer à loisir une plaisanterie que nos doigts gourds trouvaient trop longue.

Enfin, la maison nous accueilli avec notre précieux trésor. Maman, qui avait eu pitié de nous, nous avait préparé un bon chocolat chaud. Papa, prépara cérémonieusement le feu en nous expliquant chacun de ses gestes.

Tous réunis auprès de l’âtre, nous étions prêts. Papa gratta une allumette et l’approchant du papier, il incendia le bûcher. Une longue flamme claire s’éleva, léchant le petit bois, puis les buches disposées dans le foyer.

La cheminée prit vie. Les flammes dansaient devant nos yeux émerveillés. Le bois chantait et crépitait nous offrant son dernier spectacle. Peu à peu, la cheminée nous avait domptés et nous contemplions en silence cette douce et chaude lumière, cette féérie de couleurs.

Alors, mon père, d’une voix très douce entonna un « Ave Maria », que nous reprîmes en chœur dans la quiétude d’un moment miraculeusement paisible. C’est à ce moment là que je compris en quoi notre cheminée « donnait » une âme à notre maison. Le feu nous avait ouvert à l’Invisible.

Je ne peux, depuis, faire de feu sans me souvenir de cette première flambée. Devant l’âtre, l’émotion m’étreint et rendu maintenant à mon âge d’homme, je redeviens ce petit enfant qui s’abandonne dans la paix. Je repense souvent à cet héritage que m’a légué mon père. Je l’en remercie et si nos vies sont parfois faîtes d’orages, je sais que notre réconciliation sera toujours possible puisqu’en dedans de nous, brûle cette même flamme.

 

            Niort,  le 15 avril 2012

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25 avril 2012

Héritage

Le soir étend son ombre sur la terre endormie. Le ciel s’embrase des ultimes lueurs du jour. Tout se tait. Seul vestige de la journée, subsiste l’éternel bruit des vagues se fracassant contre les rochers. Leur clameur rempli l’espace et résonne comme les coups sourds du glas.

 

L’océan réclame son dû. Chacun de ses éclats appelle à lui ses futures victimes et cela dure depuis toute éternité. Il est fascinant, toujours en mouvement, infinie force brute, née en même temps que le temps lui-même. L’océan change aussi souvent d’humeur que de couleur. Il ne fléchit et ne s’en va que pour mieux revenir au combat qui l’oppose à cette terre qui ose encore lui résister et qu’il grignote inexorablement.

 

Les ténèbres sont maintenant tombées. La symphonie du heurt des titans persiste soulignée par la phosphorescence irréelle de l’écume qui semble se nourrir de la pâle lumière d’une lune moribonde. Le vent a forcé avec la nuit. La pluie qui s’est faite attendre toute la journée commence à tomber finement, ou peut-être tombe-t-elle depuis toujours. Il ne le sait plus. Cela fait si longtemps qu’il est là assis sur ce bout de falaise et qu’il attend en bravant le vent.

 

Deux goélands passent, emportés par les rafales, ne laissant d’eux qu’un cri rauque et moqueur. Il frissonne de cette eau froide qui lui dégouline sur le visage et dans le cou. Il fixe l’obscurité de son œil unique, attentif au moindre signe. Il est le guetteur. Malgré le froid, la pluie, la solitude ; il doit rester fidèle à la place qui lui a été confiée.

 

******

 

Au large, d’autres hommes bravent la tempête. Ils ont peur. La côte est proche mais ils ne la voient pas. Elle les attend, sournoise, au détour d’une vague plus méchante que les autres. Ils veillent. Ils prient avec ces mots d’enfants qui empêchent de hurler ce mal qui vous ronge les entrailles et vous tétanise les membres. De ces mots qui font oublier qu’il n’y a rien à faire et que notre existence ne nous appartient pas.

 

Ils se fatiguent les yeux à crever les nuages et leurs rideaux de pluie. Ils cherchent derrière leurs larmes, cette lumière fragile qui leur indiquera le chemin du salut, la direction du port.

 

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Là-haut, il veille encore et malgré tout. Son œil unique fouille ce funeste océan où mille drames se jouent, où des vies se consument. Il n’a pas d’espérance. Ses gestes, répétés, ne lui sont que devoir. Il jette dans le feu un fagot. Une gerbe d’étincelles salue ce sacrifice et défi un instant les sombres éléments.

 

En bas de la colline, se love le petit port et ses eaux protégées par une forte digue. Là, chacun se cache, au chaud de sa maison, retrouvant d’instinct la protection du terrier. Un large bol, fumant d’une soupe bien épaisse, posé devant soi, sur la grande table, face à la cheminée.

 

Il souffle fort dehors et l’on est bien, chez soi. On plaint les pauvres bougres qui sont restés dehors et l’on se dit peut-être que la marée, demain, nous fera riche d’épaves. Les bateaux, sagement amarrés ou remontés sur le sable, à l’abri des déferlantes,  ne craignent rien. Cela fait d’ailleurs plusieurs jours qu’aucun navire ne s’est aventuré au large. Tout était prêt pour accueillir la tempête que les vieux du village pressentaient haineuse et dangereuse.

 

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L’espoir les a quitté en même temps que le mousse qu’une lame a saisi sans qu’aucun n’ait un geste. C’est l’animal en eux qui s’agrippe et croche de ses deux mains dans ce qui fut jadis un fier bâtiment.

 

Le bruit de la côte se fait plus présent, comme la sinistre incantation d’un prêtre antique appelant au sacrifice. Les rochers de leur supplice sont tout proches. Le naufrage est certain et la mer en furie ne leur fera pas grâce. Le mousse a eu de la chance. Certains déjà l’envient.

 

Cela fait longtemps qu’ils ne sont plus les maîtres des embardées du bateau. Plus de voiles, plus de gouvernail. L’océan joue avec eux comme un chat avec une souris. Au gré du vent et des sautes d’humeur des vagues, leur destin s’avance.

 

Les hommes  se taisent. On prie mieux en silence. C’est là ce qui convient à l’ultime confession. Ils demandent, ils supplient pour un miracle. Ils achètent leurs vies à crédit d’ex-voto, de cierges, de pèlerinages sans toutefois oser croire.

 

Une lumière fugitive. Aussitôt disparue qu’elle était apparue. Aussi brève qu’un mirage. Dernières espérances trompées et évanouies. Pourtant l’on veut y croire et l’on fouille la mer écarquillant les yeux et leurs croûtes de sel. Et là, devant, surgie enfin la flamme lointaine et humide. Mais elle est bien réelle et se maintien à travers le manteau de pluie. La vie est là qui ressuscite. Le port est là qui nous attend. Et du radeau putride, la clameur s’élève des cœurs qui espèrent et font plier le vent un instant effrayé par ce cri sauvage, venu du fond des âges : Terre !!

 

Des fantômes se lèvent et l’énergie revient en même temps que la soif de vivre. Vite les hommes, des bras ! Il faut tant bien que mal soulager le navire. Des ordres sont donnés pour aider le bateau de toute la science de ces pauvres marins et le mener enfin vers cet endroit béni que la Providence a indiqué. Tous luttent ensemble. La lumière grandit et s’affermit. Alors la peur s’effrite et l’on entend chanter.

 

******

 

La trompe sonne de son puissant appel. Et son brame résonne, lugubre et insistant. C’est la trompe du veilleur. Il y a donc des hommes qui bravent l’océan ? Est-ce seulement possible ?  Le damné borgne ne s’est-il pas trompé ? Il est si vieux. Le père hésite, se tourne vers la mère et croise le regard de son fils. Ce qu’il y lit le décide. Prestement, il se lève. Va-t-il se taire ce sinistre barde qui l’arrache au confort de l’âtre familiale.

 

Le père s’habille chaudement. Il ouvre la porte. Le vent s’engouffre en un hurlement qui fait vaciller le feu. La mère aide à fermer la porte. Le vent emporte sa prière et ses conseils de prudence. Superstition de femme de marin. Peut-on être prudent quand le ciel est en fureur ?

 

Le veilleur a, là-haut, jeté dedans le feu, une dizaine de fagots. Les flammes dansent au son de leur propre crépitement. Le borgne souffle dans l’antique cor à s’en faire éclater les poumons. Le profond mugissement dévale la colline et rejoint les ombres engoncées qui ont gagné la barque.

 

Elles ne parlent pas. Les gestes sont malheureusement connus et les visages sont pétris de gravité. L’amarre est vite larguée. Les bras vigoureux pèsent sur les avirons et la proue effilée taille dans la vague de longues déchirures. La mer s’invite et embarque par paquets. Il faut se battre pour avancer et pour ne pas sombrer.

 

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Les hommes sentent et entendent la côte toute proche. Elle se dévoile parfois dans l’éclatement d’une vague. Le feu n’est plus voilé que par quelques grains plus épais que les autres. Peut-être pourra-t-on s’en sortir.

 

Dans une saute de vent, un rugissement de fauve se fait entendre, venant du phare qui se rapproche. Ils appellent au canot ! Sont-ils donc devenus fous ? Qui donc oserait sortir du havre tranquille et braver la tempête pour secourir, fut-ce même son père, par une mère pareille.

 

Un choc à l’avant. Le bateau est stoppé dans sa folle équipée. Les hommes sont violemment jetés à terre. On touche. La coque racle le rocher et souffre en de sinistres grincements. Une vague s’abat qui fait passer le récif dans un craquement de fin du monde. En bas, l’eau s’engouffre dans les entrailles du navire au flanc ouvert. Elle se rue à l’assaut de la citadelle qui tant de fois lui a résistée.

 

On ne tiendra plus longtemps. Il faut s’arracher au ponton et mettre les deux derniers canots à l’eau. C’est folie, bien sûr, mais c’est l’ultime chance. Les ordres sont brefs et les gestes anxieux. Les signes de croix sont discrets et les prières marmonnées. La pudeur dompte encore la peur du Grand Jugement.

 

L’équipage s’écroule dans les deux misérables esquifs qui dansent dans le flot comme valsent des ivrognes. Il n’y a plus d’aviron. Les hommes suffoquent sous les paquets de mer, s’accrochent comme ils le peuvent aux barques lamentables. Le feu, là-haut, inaccessible graal, est vitre masqué par l’ombre de la falaise. Les cris des hommes sont noyés dans le fracas des rouleaux qui tonnent contre la pierre sur laquelle se fracassent les pauvres corps martyrs.

 

******

 

La houle a surpris le canot, dès la sortie du havre abrité par la digue. Les muscles se tendent. Les bras s’arqueboutent pour peser sur la lourde rame engagés dans un duel à mort. La barque vacille, les hommes espèrent. Soudain, une vague plus haute et plus dense que ses sœurs déferle sur le petit bateau. Le barreur et le nageur de queue n’ont pas su lui résister et ont tous deux rejoint leur liquide linceul. Le canot, désemparé, a tourné, présentant son côté à la houle déferlante qui s’acharne et le pousse, coque en l’air, s’échouer au fond de l’anse tranquille.

 

La trompe sonna, une dernière fois à l’heure ultime où les sauveteurs intrépides rejoignaient dans l’onde glacée, ceux qu’ils espéraient secourir. Puis tout se tut laissant la place aux éléments victorieux.

 

******

 

Calmée par ce vain sacrifice, la tempête tomba aux premières lueurs du jour. Tout le village se retrouva sur la plage. La mer, magnanime, rendit son lot d’épaves comme autant de témoins des vies prises à jamais. Fortune de mer. Chacun se servit de ce dont il pouvait avoir besoin. Aucun des corps ne fut découvert.

 

L’office fut célébré en la vieille et froide église. Le recteur célébra la Sainte Providence et appela les cœurs à la douce espérance du Royaume. On l’écouta gravement, les veuves et les orphelins aux premiers rangs. A l’issue de la célébration, tous montèrent auprès du vieux veilleur et l’on grava sur ses murs, les noms des braves qui avaient donné leurs vies parce que d’autres marins risquaient la leur.

 

Après quoi, tous rentrèrent chez eux. La vie continuait dure et laborieuse, ne permettant ni les pleurs, ni même la pitié. Pourtant, sur la grève, après que tous furent partis, une silhouette resta longtemps, seule face à la mer. Dans sa main, serrée fort, le couteau que le père jamais n’oubliait quand il partait en mer. Dans ses yeux d’homme, le brouillard de ses larmes d’enfant, difficilement contenues.

 

L’héritage et l’expérience.

 

Bergerac, le 25 avril 2012

 

 

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16 avril 2012

Réac ?

J'appartiens à ceux, que notre drapeau flottant au vent fait encore vibrer. A ceux qui, entendant l'hymne de notre nation, se mettent debout pour le chanter. A ceux qui pleurent nos soldats, nos policiers ou nos pompiers, tombés en service. A ceux pour qui l'Histoire de notre pays, ne commencent pas en 1789. A ceux qui estiment que la France ne peut se donner qu'à ceux qui l'aiment et la respectent. A ceux enfin qui considèrent la différence comme une richesse quand elle n'est pas revendication. A ceux qui pensent que l'Europe est une réalité que l'on doit rendre aux peuples. A ceux qui croient que toute vie est un cadeau fait à l'humanité.

Mais peut-être ne suis-je qu'un vieux réac, un vestige anachronique, une âme exaltée et exilée dans les spirales du temps ? Et pourtant, je continue à espérer qu'un jour, ce pays se dressera contre l'oubli, contre le relativisme, contre l'individu-roi, contre les communautarismes religieux, professionnels ou idéologiques... Mais qui nous conduira dans ce combat ?

Posté par Mangouste L à 22:26 - - Commentaires [0]